POLYSTYRENE N°67 septembre 2003

ÉTAT ETAT DES LIEUX

Designers et plasticiens, venus d'ici ou de plus loin, se retrouvent dans un bel appartement de Strasbourg pour la 2e édition de l'exposition Pêle-Mêle. L'idée : mettre en espace les créations pour jouer sur les sensations. 5 pièces pour 5 ambiances différentes... Visite guidée.

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Conjuguer arts plastiques et arts appliqués, associer techniques anciennes et lignes contemporaines, puis confronter les personnalités : la recette est simple et pourtant il fallait oser. Encore peu exposés, les arts appliqués suivent une démarche artistique au même titre que les arts plastiques. « Les objets ont besoin d'être mis en situation pour vivre, c'est pourquoi le principe de l'Appartement se prête tout a fait à ce genre d'exposition, j'ai vraiment eu le coup de foudre pour ce lieu ! », confie Laurence di Costanzo, porteuse du projet et commissaire d'exposition. Apparemment, elle a su partager son enthousiasme. Avec environ 1400 visiteurs et 24 exposants, ce sont près de 2848 souliers qui ont foulé le beau parquet ciré de l'Appartement de la rue de Mutzig en décembre dernier.  Pour la première de Pêle-Mêle, le bilan était plutôt encourageant ! C'est pourquoi la maîtresse de maison remet le couvert pour accueillir cette année 28 artistes plasticiens, designers, photographes et autres créateurs contemporains, venus des quatre coins de l'hexagone, certains reviennent pour la deuxième fois, comme les designers Jean-Luc Weimar et Thierry Boitz, les créateurs de bijoux Marie Debourge, Catherine Abrial ou Bastion Peltier... Conquis par l'ambiance chaleureuse de ce lieu marqué par la patine du temps (pour info, le poêle n'est pas à vendre !), ils étaient enthousiastes à l'idée d'y intégrer leurs dernières créations. Tant et si bien qu'ils ont donné le tuyau aux amis et que la famille Pêle-Mêle s'agrandit. Elle compte désormais parmi ses membres les artistes du Centre International d'Art Verrier de Meisenthal, les céramistes Martine Damas et Barbaa Leboeuf, le sculpteur Christophe Haraux, accompagné du peintre Nicolas Desplats. Chaque objet, chaque œuvre est un coup de coeur. que notre hôtesse a soigneu sement sélectionné, avec un goût certain et toujours très contemporain. Assistée cette année par la plasticienne Laetitia Jetzer, cette petite fée du logis concilie harmonieusement tout ce petit monde, qui cohabitera trois semaines durant dans les 200 m² de ce superbe appartement. Parce que l'accent est mis sur la convivialité et la proximité, les artistes en personne vous accueillent chaque week-end, pour partager un brin de causette. un petit verre ou une petite dînette, confortablement installés dans la salle de réception aux hauts plafonds moulurés. Alors prenez le temps de vous poser, de vous imprégner de l'atmosphère de chaque pièce pour mieux saisir toutes les histoires que ces objets ont à vous raconter.

Textes : Fleur Ettwiller

Du 26 septembre au 12 octobre Du mercredi au dimanche de 12h30 à 19h / À l'Appartement, 4 rue de Mutzig à Strasbourg Tél. 06 78 41 43 49 ou 03 88 22 42 62 Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Le BOUDOIR   ( pièce n°1)
La porte s'ouvre sur un espace intimement féminin, où se dissimulent nos désirs et nos délires, Poétiques et ludiques, les objets racontent tous une histoire. Histoires de vies ou contes allégoriques, ils mettent à nu nos plus secrètes émotions. Parures de princesse ou objets magiques? Les bijoux de Bastien Peltier ont le pouvoir de faire apparaître ou disparaître le corps selon d'habiles effets d'optique. Dématérialisé, radiographié, le corps est révélé de l'intérieur par de savants jeux de matières et de lumière, Anne Milbeau (b) s'amuse tout autant de ces effets, dans un style très épuré aux formes géométriques simplifiées, Concaves ou convexes, ses bagues métamorphosent la main au gré des reflets, Reflet du corps, reflet de l'âme aussi... Les bagues de Marie Debourge marient souvent les contraires, comme pour dévoiler les deux facettes d'une même personnalité. Ces créations ambiguës, transformables, réunissent plaisir tactile et valeur sentimentale. Une valeur qui ne se compte non pas en carats mais en souvenirs et en émotions. Les réalisations de Mathilde Seguin s'imprègnent elles aussi de son vécu. Comme des carnets de voyages, les plaques d'argent qu'elle utilise pour ses gravures s'estompent spontanément de ses sentiments. Modelées, retravaillées, elles deviennent pendentifs, bracelets ou colliers qui poursuivent le récit de leur création au cours de leur nouvelle inspiratrice. Mais nul besoin de porter les bijoux pour les animer. Catherine Abrial (c) met en scène des bagues, des broches, comme autant de personnages aux caractères multiples. Changez de bague, changez de peau au gré de vos humeurs et de vos envies. Elles ne vous en tiendront pas rigueur car pour elles l'histoire n'est jamais finie. Les objets ont une vie ! Si vous ne le croyez pas c'est que vous avez mal regardé.Alors reculez d'un pas pour observer de plus près le triptyque de Laetitia Jetzer. Saurez-vous reconnaître ces objets familiers, qui, photographiés de très près, laissent apparaître leur secrète identité ? Dans un rapport aux choses toujours très cru, Gaëlle Lucas (d) traite elle aussi de la vie quotidienne, d'histoires de filles. Elle affectionne tout particulièrement le dessin pour son côté primitif et enfantin. Dans son univers proche de celui de Lewis Caroll, les petites filles côtoient d'étranges bestiaires, gambadant dans la douce lumière des luminaires expérimentaux de Jean-Luc Weimar.
reflet dn1 Catherine Abrial reflet dn3
La salle de réception (pièce n° 2)
ici on peur se restaurer, prendre un petit verre et discuter avec les artistes invités, qui répondront à vos questions et vous présenteront leurs dernières créations, exposées ou non. Libre à vous de consulter les différents books, magazines et autres présentations, disposés ici et là dans cette salle de réception, Sur l'une des tables, Mathilde Seguin (f) vous invite à partager ses "Impressions de voyages", carnets de bords relatant ses aventures où elle transcrit ses émotions sur des gravures réalisées sur le vif. La plaque d'argent utilisée comme support est ensuite montée en bijou que l'on peut admirer dans la pièce d'à côté.Impossible cependant de poursuivre son chemin sans être attiré par les toiles de Jean-Louis Kuntzel, La couleur frappe le regard, la non-couleur rétablit l'équilibre de l'asymétrie, pour former un espace serein et troublant à la fois. Des formes quasi-organiques côtoient des signes flottants, des taches, des points, qui plongent le regardeur dans une profonde expérience sensorielle, Chez Christine Colin, exposée dans le couloir, on retrouve ces taches de couleur qui alternent avec des traits noirs incisifs, tantôt tourbillonnants, tantôt longs sur de grands a-plats de couleur. De grandes formes fluides circulent sur une surface, laissant supposer une figuration cachée, parfois complètement abstraite. Elle combine des couleurs vives et la liberté du geste qui explore le mouvement centrifuge du dessin, entrant en résonance avec le gigantesque vase en bois tourné de Damien Lacourt...

 

 

Mathilde Seguin

 

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L’Alcôve (pièce n° 3)
Ici, tout n'est que rêve et féerie. Le temps s'est arrêté dans cet espace où les objets semblent flotter, comme si les lois de la gravité n'avaient plus lieu d'opérer. Apparemment suspendues, dématérialisées, les toiles de Nicolas Desplats expriment la fragilité des structures architecturales. La peinture, en lavis de couleurs chaudes ou pastelles, participe à la douceur de cet environnement aux contours flous. D'un trait hésitant, il esquisse les frontières incertaines d'un espace béant. Tendant toujours plus vers l'abstraction, les oeuvres de Wicky, réalisées spécialement pour l'exposition, participent à l'atmosphère générale de la pièce. Ses dernières œuvres sur papier-calque, sur des morceaux d'ardoise ou de bois gratté et gravé, inspirent le repos, la divagation de l'esprit vers « un lieu plus vaste, vierge et mythique ». Telle Pénélope attendant le retour d'Ulysse, Françoise Wintz crée des étoffes d'une rare finesse, qui flottent et frémissent au gré des courants d'air. Parure pour le corps ou pour l'espace, chaque pièce brodée, ajourée ou incrustée, évoque le souvenir d'une émotion pour mieux la perpétuer. Les artistes du Centre International d'Art Verrier de Meisenthal (Michel Paysant, visuel : g) font eux aussi revivre des savoirs ancestraux qui. adaptés à des formes contemporaines, permettent les effets les plus innovants. Leurs carafes et autres mazagrans sont autant de perles cristallines dans un jardin féerique. Tous ces secrets n'ont malheureusement pas réussi à traverser les âges. C'est pourquoi Daphné et Florian Harling, en perpétuelle quête de formes et de teintes inédites, travaillent à reconstituer ces savoirs ensevelis. Les plats qu'ils présentent, résultats d'une véritable alchimie, ajoutent quelques mots au langage verrier qu'ils tentent de créer. Seules les sculptures massives de Christophe Haraux semblent rattacher l'esprit à la terre. Il ne s'agit bien que d'une apparence. Opérant une transcription d'une langue naturelle en une langue artificielle, la pièce de bois brute ne subsiste qu'à l'état de souvenir, errant entre sa forme "perfectionnée" et son double moulé.
La Bibliothèque (pièce n°4)
Ici, on s'emploie à une tâche laborieuse : la recherche de l'universel, des fonde- ments mêmes du monde qui nous entoure. Christophe Haraux, qui présente ici ses dessins de recherche, considère l'art comme un " processus de découverte ". « Les choses et les objets découlent de processus imperceptibles au quotidien et le dessin, plus spontané, est une sorte de perception intuitive de cet invisible». Pour Jean-Louis Kuntzel également, le dessin permet l'expression directe de son univers.» un retour aux sources mêmes de la vie ». Martine Damas (h) travaille quant à elle directement la matière première de la vie : la terre. Ses céramiques tentent d'élucider le mystère de deux couleurs qui se rencontrent dans l'espace, d'en comprendre les conséquences et significations. Etablies en cercles concentriques, elles font vibrer l'espace dans lequel les coupes s'insèrent. Pour Martine, « ces cercles aident à sentir le rythme et le mouvement coché de l'univers », alors que Barbara Leboeuf a choisi de parler de l'essentiel en utilisant une autre forme géométrique simple : le carré. Son installation au sol, faite de pavés de céramique enfumés, décline toutes les nuances de gris pour atteindre finalement un noir profond... Elle seule détient les fruits de cette réflexion, alors n'hésitez pas à lui poser la question. ! Valeurs de bases, le noir et le blanc laissent parfois apparaître des détails souvent masqués par la couleur. Les tirages noirs et blancs de Laetitia Jetzer font ainsi apparaître les objets sous un jour nouveau, pour apporter une pierre supplémentaire à l'édifice de ce véritable laboratoire de recherche.
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La Salle à manger (pièce n° 5)
Une bonne tablée de jeunes créateurs prometteurs... Des designers de toute la région se sont réunis dans cette salle à manger pour vous rendre la vie simple et agréable.Tous les objets exposés rivalisent d'ingéniosité pour piquer votre curiosité et susciter chez vous de nouvelles idées... Lequel d'entre eux décrochera la palme de la créativité ? Peut-être la pièce maîtresse de toute salle à manger, la table, autour de laquelle se déroulent les festivités. Sébastien Geissert (i), jeune prodige des Arts Déco, présente son Set pour six. dont les tablettes, amovibles et rétractables, laissent apparaître des assiettes intégrées. Plus besoin de se disputer pour savoir qui va mettre la table, tout est déjà prêt. Il a également élabore une chaise en polycarbonate, qui se plie quand on s'assoit et revient d'elle-même en place quand on se lève. Au-dessus de ce coin-repas planent les immenses suspensions lumineuses de Damien Lacourt, longs tubes de bois qui viennent éclairer jusqu'à l'intérieur de l'assiette, pour mieux les admirer. L’objet en bois côtoie harmonieusement le verre de Meisenthal et les matières plastiques dans cet espace qui se veut convivial et ludique. Les modules synthé- tiques de Thierry Boltz côtoient les boîtes longilignes de Richard Marnier. Réalisées à partir de matériaux écologiques, elles rappellent étrangement des panneaux signalétiques. Pratiques et esthétiques, ces objets multifonctions n'ont de raison d'être que votre bien-être ! Olivier Pranal vient mettre la touche finale en présentant des luminaires en bois, réalisés pour l'occasion en auto-édition.

 

 
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